Famille Chabrol au complet en Haute-Savoie avec leur frère d'accueil Nam
Bénévolat, Santé

L’histoire de Nam et de la famille Chabrol : quand un « frère » venu d’ailleurs réécrit le destin d’une tribu

Il devait rester quelques mois, le temps de guérir. Il est resté toute une vie. En 1975, l’ONG L’Appel confiait le petit Nam (5 ans) à la famille Chabrol pour sa convalescence après une lourde opération du cœur. Mais l’histoire, la grande, a refermé les frontières du Vietnam. Cinquante ans plus tard, les enfants Chabrol et Nam racontent comment cet accueil temporaire a soudé et bousculé le cours de leurs vies.

Le jour où le monde s'est figé

Au début des années 70, les parents Chabrol cherchent à s’engager et se tournent vers le bénévolat. Ils croisent la route de L’Appel. Au même moment, au Vietnam, un petit garçon de moins de 5 ans a besoin d’une opération cardiaque d’urgence, impossible à réaliser sur place. L’Appel organise son transfert en France. Une fois l’opération réussie, Nam débarque chez les Chabrol pour quelques mois de convalescence. C’est du moins ce qui était prévu. « On m’avait expliqué que j’étais là jusqu’à être certain que je sois remis, et que je repartirai au Vietnam », se souvient Nam. Mais l’histoire en décide autrement cette année-là. Le Sud-Vietnam bascule, les frontières se ferment, les communications sont coupées. L’Appel perd la trace de la famille biologique de Nam.

Une fraterie de cinq : des raisins d'hiver aux pistes de ski

Du jour au lendemain, Nam se retrouve propulsé au milieu d’une fratrie qui compte désormais cinq enfants. En âge, il est pile au centre de la tribu : Pierre-Yves a trois ans de plus que lui, Étienne a un an de plus, Claire a un an de moins, et Bernard ferme la marche avec quatre ans de moins.

À son arrivée, les débuts sont marqués par la pudeur et l’acclimatation. Pierre-Yves, le plus grand, garde le souvenir d’un petit garçon un peu apeuré, qui cherche un refuge et se cache derrière le canapé du salon. On raconte aussi dans la famille que le petit Nam mangeait très peu, mais qu’il s’était pris d’une passion absolue pour les raisins… alors qu’on était en plein hiver ! Très vite, la vie de famille reprend ses droits. Les grands frères transmettent leurs codes : c’est Pierre-Yves qui se chargera de lui apprendre à skier sur les pentes de la région. Pour Étienne, Claire et Bernard, plus jeunes, les questions géopolitiques ou de différence n’existent tout simplement pas. Ils n’ont aucun souvenir de son arrivée. Pour eux, Nam a toujours été là. C’est leur frère, un point c’est tout

Petit garçon vietnamien accueilli en France par l'ONG L'Appel dans les années 1970

Déplacer des montagnes : le flou administratif

Au début des années 70, les parents Chabrol cherchent à s’engager et se tournent vers le bénévolat. Ils croisent la route de L’Appel. Au même moment, au Vietnam, un petit garçon de moins de 5 ans a besoin d’une opération cardiaque d’urgence, impossible à réaliser sur place. L’Appel organise son transfert en France. Une fois l’opération réussie, Nam débarque chez les Chabrol pour quelques mois de convalescence. C’est du moins ce qui était prévu. « On m’avait expliqué que j’étais là jusqu’à être certain que je sois remis, et que je repartirai au Vietnam », se souvient Nam. Mais l’histoire en décide autrement cette année-là. Le Sud-Vietnam bascule, les frontières se ferment, les communications sont coupées. L’Appel perd la trace de la famille biologique de Nam.

Famille Chabrol au complet en Haute-Savoie avec leur frère d'accueil Nam

L'héritage d'une culture de l'accueil

Cette enfance commune a laissé une empreinte profonde sur toute la tribu. Le lien avec le Vietnam est resté vivant : en 2015, Bernard s’est installé un an à Hanoï pour découvrir le pays de son frère, et il est aujourd’hui le parrain et l’oncle fier des enfants de Nam, qui a épousé une Vietnamienne.

Aujourd’hui, tout le monde — frères, sœurs, pièces rapportées et enfants inclus — s’entend bien. Chez chacun d’eux, la notion d’accueil est importante. Une philosophie qui dépasse d’ailleurs l’histoire de Nam, puisque leurs conjoints respectifs partagent tous, naturellement, ce même état d’esprit d’ouverture.

 

La solidarité s’est d’ailleurs prolongée en famille : dans les années 90, les parents Chabrol ont ouvert à nouveau leur porte à Dong Chau, une autre enfant du Vietnam du Sud, venue pour une lourde opération du dos. « C’était peut-être comme moi, 20 ans plus tôt », glisse Nam avec pudeur. À leur tour, les cinq frères et sœurs perpétuent ce réflexe familial, chacun à sa manière : Pierre-Yves et Bernard en accueillant des personnes migrantes chez eux, les autres par différentes formes d’engagement.

Un message d'espoir et d'ouverture

Au-delà des frontières fermées et des complexités administratives, l’histoire de Nam et de la famille Chabrol est la preuve que les liens du cœur, du partage et de la fraternité sont plus forts que les statuts juridiques. Elle nous rappelle que l’accueil n’est pas un simple geste de charité temporaire, mais une aventure collective qui transforme une famille entière.

En acceptant de bousculer leur quotidien pour un enfant venu de l’autre bout du monde, les parents ont planté une graine de générosité qui continue de fleurir chez leurs enfants et petits-enfants. C’est une magnifique leçon d’espoir : face aux crises et aux clivages du monde, l’ouverture aux autres et l’esprit de famille élargie restent nos plus belles boussoles pour croire en l’humain.

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